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Full text of "Considérations anatomiques, physiologiques et pathologiques sur la luette;"

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CONSIDÉRATIONS 


ANATOMIQUES,  PHYSIOLOGIQUES  ET  PATHOLOGIQUES 

SUR  LA  LUETTE; 


Pak  le  docteur  J.  LISFRANC, 

Membre  titulaire  de  l’Académie  royale  de  Médecine , 
chirurgien  au  Bureau  central  d’admission  des  malades 
dans  les  hôpitaux  et  hospices  civils  de  Paris,  professeur 
de  chirurgie  , etc. 


A PARIS, 

UE  L’ IMPRIMERIE  DE  FEÜGUERAY. 


1825. 


CONSIDÉRATIONS 


AîiATOMIQCES  , PHYSIOLOGIQUES  ET  PATHOLOGIQUES 

/ 

SUR  LA  LUETTE. 


( Extrait  de  la  Revue  médicale.  ) 

Orgake  peu  important , la  luette  n’a  pas  fixé  les 
méditations  des  praticiens  d’une  manière  assez  spé- 
ciale : à peine  trouve-t-on  dans  les  annales  de  l’art 
quelques  notions  éparses  sur  sa  structure , ses  anoma- 
lies , ses  fonctions  , et  sur  les  maladies  qu’elle  peut 
produire  5 aussi  depuis  long-temps  je  pensais  que  l’on 
pouvait  mieux  étudier  ce  prolongement  musculo-mern- 
braneux  ; je  vais  essayer  de  prouver  cette  assertion  5 
et  j’espère  encore  démontrer  que  l’excision  de  cet 
appendice  organique  est  susceptible  de  quelques 

Les  dimensions  de  la  luette  offrent  un  grand  nombre 
de  variétés  5 j’ai  vu  deux  sujets  chez  lesquels  elle  était 
constituée  par  un  tubercule  très-court,  mais  fort  volu- 
mineux ; j’ai  disséqué  im  cadavre  dont  cet  organe,  de 
longueur  ordinaire , était  mince  comme  un  fil  : je  ferai 
remarquer  que  la  voix  de  ccs  individus  n’avait'éprouvé 
^cune  alteration.  Jean  Hagendorn  rapporte, 'dans  les’ 
Ephémérides  des  Curieux  de  là  nature  , l’observation 
d’une  jeune  fille  privée  de  bét  appendice  depuis  sa 


( 4 ) 

naissance*,  il  n’en  résultait  aucune  altération  de  la  voix. 
Vollgnadius  parle  , dans  le  môme  recueil,  d’une  luette 
bifide^  il  existait  en  même  temps  bec-de-lièvre.  M.  Pioux 
a souvent  vu  la  division  de  cet  organe  et  du  voile  du 
palais,  avec  ou  sans  écartement  de  la  voûte  palatine  j 
je  connais  , à Paris , un  jeune  homme  dont  la  luette 
seulement  est  bifide. 

Cet  organe  est-il  très-mince  ? est-il  représenté  par 
tin  tubercule?  Une  dissection  soignée  m’a  prouvé  qu’il 
était  uniquement  composé  de  la  membrane  muqueuse 
et  d’un  grand  nombre  de  follicules.  Je  regarde  comme 
cause  constante  de  sa  procidence  son  état  bifide  et 
l’absence  des  muscles  palaio-staphylius  dans  son  épais- 
seur; ainsi,  toute  espèce  de  médication  propre  à le 
relever  devient  absolument  inutile  dans  les  cas  que 
nous  venons  de  citer. 

La  luette  manque  chez  tous  les  animaux  ; mais  un 
fait  qui  prouve  encore  en  faveur  du  beau  système  des 
analogues  de  M.  le  professeur  Geolfroy-Saint-Hilaire, 
c’est  l’existence  du  rudiment  de  cet  organe  , que  la 
nature  semble  d’ailleurs  avoir  voulu  remplacer  eu  pro- 
longeant* davantage  en  arrière  le  voile  du  palais.  Chez 
les  singes  rhésus,  cette  disposition  est  telle,  qu’il  dé- 
passe de  quelques  lignes  l’orifice  supérieur  du  larynx; 
elle  est  beaucoup  moins  prononcée  chez  le  cheval  et 
le  boeuf , moins  encore  chez  le  mouton  et  le  chien  ; 
enfin  elle  offre  un  développement  un  peu  moindre  sur 
le  CQcbon:  d’Inde,  le  lapin  , l’écureuil,  le  porc-épic 
et  1a  souris  ; mais  tons  ces  animaux  , abstraction  faite 
du  singe,  marchent  la  tète  inclinée  vers  le  sol  ; les  na- 
rines antérieures  donnent  ainsi  aux  mucosités  nasales 

1 J . ‘ ’ J i ’ * 


1 


( 6 ) 

wn  écoulement  trop  facile  pour  qu’elles  se  portent  dans 
le  pharynx.  D’ailleurs  les  rapports  de  distance  qu’ont 
entre  eux  le  bord  libre  du  voile  palatin  et  l’oriQce  su- 
périeur du  larynx  semblent  indiquer  d’une  manière 
positive  que  quand  l’animal  aspire  une  très-grande 
quantité  d’air  dans  les  fosses  nasales  afin  d’en  chasser 
le  mucus  dans  l’arrière-gorge  > la  glotte  se  porte  en 
avant  et  se  trouve  sous  le  voile  du  palais., 

M.  le  professeur  Geoffroy-Saint-Hilaire,  recherchant 
en  1819  quelles  sont  en  particulier  les  conditions  or- 
ganiques du  fœtus  chez  un  didelphe  marmose  {didel~< 
phus  murina)  ^ fit  dessiner  les  dispositions  suivantes  t 
il  n’y  a point  de  cordon  ombilical  chirz  les  fœtiis  mar- 
supiaux ■,  mais  la  tétine  de  la  mère,  qui  grandit  hors  de 
mesure,  la  supplée  en  s’engageant  très-profondément 
dans  la  bouche  de  son  petit.  A un  second  âge  de  la- 
suspension  du  foetus,  la  tétine  n’est  plus  un  cordon 
ombilical  : elle  se  rompt  au  poin  t où  elle  est  engagée 
dans  le  palais  du  fœtus.  Restreinte  alors  à la  condition 
et  à la  fonction  d’une  véritable  tétine,  elle  ne  fournit 
plus  du  sang  comme  dans  le  premier  âge,  mais  du  lait. 
C’est  un  sujet  dans  celte  seconde  époque  ou  dans  la 
lactation,  que  M. Geoffroy  a observé;  il  faut  remar- 
quer que  ce  sujet  était  contraint  dans  le  commencement 
de  celle  seconde  époque  à vivre  du  lait  de  sa  mère  sans 
quitter  la  tétine.  Pour  que  les  deux  fonctions  de  la  res- 
piration et  de  la  lactation  puissent  s’exécuter  simul- 
tanément, voici  le  singulier  arrangement  qui  existe  i 
le  larynx  est  terminé  par  un  col  évasé  dont  le  pour- 
lonr  se  prononce  en  une  sorte  de  petit  bourrelet,  tout 
cet  ensemble  est  introduit  dans  les  arrièrtf-naiines  : 


C c ) 

ainsi  le  larynx  est  placé  sur  le  voile  du  palais.  De  cette 
manière , la  respiration  du  jeune  didelphe  se  fait  par 
les  narines  et  le  larynx  , lorsque  la  succion  de  la  léiine 
remplit  la  bouche  et  le  pharynx  de  lait  ; ce  liquide 
glisse  le  long  du  larynx , dont  le  collet  ou  bourrelet 
forme  un  ressaut  qui  ménage  de  chaque  côté  une  très- 
petite  issue  pour  le  trajet  de  la  substance  alimentaire. 
La  lactation  achevée,  le  larynx  descend  sous  le  voile  du 
palais,  les  narines  deviennent  libres,  la  respiration  et 
la  manducation  sont  comme  partout  ailleurs  des  actes 
nécessairement  successifs.  On  sait  que  dans  les  cétacés 
le  larynx,  en  forme  de  pyramide,  reste  engagé  dans  les 
arrière-narines  pendant  tout  le  cours  de  la  vie  de  ces 
animaux. 

La  luette  est  formée  par  les  muscles  palato-slaphylins, 
dont  les  fibres  adossées  se  séparent  à mesure  qu*elles 
s’approchent  davantage  du  bout  de  l’organe.  Ce  prolon- 
gement est  recouvert  par  une  membrane  muqueuse  qui 
renferme  une  beaucoup  plus  grande  quantité  de  follicu- 
les qu’on  ne  l’a  indiqué  5 sous  elle  existe  un  tissu  cellu- 
laire serré,  parsemé  de  petites  glandes  ,'  dont  l’organi- 
sation ressemble  à celle  des  lonsilles  et  à la  couche  de 
criptes  agglomérés  , que  l’on  rencontre  sous  le  tissu 
muqueux  du  voile  du  palais  des  animaux  et  surtout 
du  cheval.  L’extrémité  libre  de  l’appendice  que  nous 
étudions  m’a  toujours  paru  dépourvue  de  fibres  mus- 
culaires 5 j’y  ai  souvent  trouvé  trois  follicules  muqueux 
très-développés  , bien  distincts  et  susceptibles  d’aug- 
menter, au  point  que  la  luette  peut  alors  offrir  au 
moins  un  tiers  en  sus  de  sa  longueur  ordinaire.  M.  le 
professeur  Boyer  a vu  sur  sa  pointe  une  petite  tumeur 


( 7 ) 

transparente  produite  par  l’accumulation  de  la  séro- 
sité. 

Souvent  cet  appendice  se  ramollit , surtout  vers  son 
sommet  : il  présente  alors  l’organisation  des  polypes 
muqueux  des  fosses  nasales  5 il  serait  inutile  de  dire 
qn’il  peut  devenir  squirrheux,  carcinomateux  et  même 
cartilagineux  ; il  est  fréquemment  à l’étal  de  procidence. 

Examinons  quelles  sont  ses  fonctions.  Concourt-il 
à la  formation  de  la  voix  et  à l’articulation  des  sons? 
L’observation  de  Hagendorn  détruit  la  première  de  ces; 
propositions  , et  beaucoup  d’individus  , auxquels  j’ai 
enlevé  cet  organe, m’on  t faurni  la  preuve  que  laseconde 
n’étalt  pas  plus  admissible.  Plusieurs  médecins  savent 
que  des  ulcères  vénériens  ont  détruit  l’épiglotte,  les 
piliers  du  voile  du  palais  et  la  luette  à l’un,  des  acteurs 
les  plus  distingués  de  la  scène  lyrique,  et  <pue  cepen- 
dant le  timbre  de  la  voix  n’a  rien  perdu  de  sa  souplesse 
et  de  sa  fraîcheur.  Si , comme  l’a  observé  M.  Biett , la 
syphilis  altère  la  voix  parla  destruction  de  la  luette, 
c’est  que  le  principe  morbide  a laissé  sur  le  vaile  du, 
palais  ou  ailleurs  une  de  ces  aUeintes  profondes  contre 
lesquelles  le  temps  et  les  médications  ne  peuvent  rien... 
Je  crois , avec  M.  le  professeur  Ricberand  , que  la  luette 
est  destinée  à prévenir  le  pharynx  de  l’arrivée  des  ali- 
mens  ; je  pense  que  le  grand  nombre  de  follicules, 
q^u’elle  contient  fournit  beaucoup  de  mucus  propre  à 
faciliter  le  passage  du  bol  alimentaire. 

Mais  sont-ce  là  toutes  les  fonctions  de  la  luette  ?J’ai 
déjà  fait  entrevoir  dans  ce  Mémoire  que  je  ne  le  croyais 
pas.  Lorsque  nous  voulons  chasser  dans  le  pharynx 
les  luimeurs  sécrétées  par  la  membrane  de  Schneider  ^ 


( 8 ) 

nous  formons  la  bouche  ^ nous  ouvrons  les  narines 
antérieures  et  nous  introduisons  la  plus  grande  quan- 
tité d’air  possible  dans  les  fosses  nasales  ; ce  gaz  doit 
traverser  difficilement  ces  cavités , pour  qu’il  s’applique 
avec  plus  de  force  sur  leurs  parois  et  qu’il  les  balaie 
mieux.  Afin  d’atteindre  ce  but , le  voile  du  palais  se 
porte  en  haut  et  en  avant  5 la  luette  , à l’état  sain  , suit 
ce  mouvement;  située  sur  la  ligne  médiane  comme  le 
larynx  , elle  forme  une  espèce  de  digue  qui  projette  à 
droite  et  à gauche  les  corps  étrangers  qui  tomberaient 
dans  la  cavité  de  cet  organe.  Le  prolongement  mus- 
culo  - membraneux  du  voile  palatin  a donc  encore 
pour  usage  d’empêoher  les  mucosités  nasales  de  pé- 
nétrer dans  la  glotte  : la  nature  a d’ailleurs  disposé  le 
voile  du  palais  de  manière  que  lors  de  son  élévation 
il  forme  deux  gouttières  latérales  inclinées  en  dehors. 
Les  preuves  qui  viennent  à l’appui  du  nouveau  fait 
physiologique  que  nous  venons  d’énoncer  sont  nom- 
breuses ; je  vais  successivement  les  soumettre  à l’A- 
cadémie : 1°.  il  suffit  de  se  placer  devant  une  glace, 
d’ouvrir  la  bouche  , d’aspirer  beaucoup  d’air  pour 
voir  le  voile  du  palais  et  la  luette  exécuter  les  inou- 
vemens  que  j’ai  indiqués.  2*’.  Le  rudiment  de  cet  or- 
gane que  présentent  les  animaux  est  d’autant  plus 
marqué  qu’ils  ont  la  tète  moins  souvent  inclinée  vers 
le  sol  et  qu’ils  se  rapprochent  davantage  de  l’hom- 
me; ainsi  chez  rorang-oulang  roux,  dont  l’organi- 
sation ressemble  le  plus  à la  nôtre , il  eJviste  presque  une 
luette;  chez  les  singes  rhésus,  déjà  très-éloignés  de 
l’espèce  humaine,  l’on  en  voit  à peine  quelques  traees: 
cependant,  nous  l’avons  déjà  dit , la  nature  semble  ici 


( 9 ) 

avoir  suppléé  l’appeudice  musculo-membraneux  du 
voile  du  palais  en  prolongeant  celui-ci  derrière  l’ori- 
fice supérieur  du  larynx.  Nous  avons  aussi  fait  obser-  , 
ver  que  dans  les  espèces  dont  les  orifices  antérieurs  des 
narines  sont  toujours  très-déclives  et  donnent  au  mucus 
un  écoulement  très-facile,  le  voile  du  palais  s’étend 
encore  plus  loin  dans  le  pharynx  que  chez  l’homme  ; 
nous  ajouterons  que  si  ces  animaux  chassaient  les 
mucosités  dans  l’arrière-gorge  , leur  mâchoire  infé- 
rieure se  rapprocherait  de  leur  col , leur  larynx  se  por- 
terait en  avant  et  serait  couvert  par  le  voile  du  palais. 
3”.  Lorsque  la  luette  est  dans  un  état  de  procidence 
complète,  lorsqu’elle  a été  entièrement  enlevée , j’ai 
toujours  observé  que  le  mucus  nasal  porté  dans  l’ar- 
rière-gorge  pénétrait  dans  la  glotte  si  l’aspiration  ne 
s’exécutait  pas  avec  beaucoup  de  lenteur  et  de  pré- 
cautions. 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  rappeler  cfue  le  beau 
fait  d’anatomie  comparée  découvert  par  M.  le  profes- 
seur Geoffroy-Saint-Hiiaire  vient  encore  à l’appui  des 
idées  que  nous  venons  d’émettre  sur  les  fonctions  de 
la  luette.  Si  l’on  nous  demandait  pourquoi  le  larynx, 
situé  dans  les  arrière-narines  , ne  reçoit  pas  les  muco- 
sités nasales  , nous  répondrions  que  la  nature  semble 
avoir  obvié  à cet  inconvénient  en  perçant  le  bourrelet 
laryngé  à son  centre  : ainsi , l’orifice  du  larynx  est 
assez  élevé  pour  être  à l’abri  du  mucus  nasal  qui  glisse 
sur  ses  côtés. 

foutes  les  fois  que  la  procidence  aura  pour  cause 
une  inflammation  aiguë,  nous  combattrons  cette  ma- 
ladie par  les  anti-phlogistiques  : Celse  conseille  alors 


( ) 

la  diète,  la  saignée  n les  laxatifs;  il  veut  que  la  tète 
-soit  élevée  et  bien  couverte.  Quand  la  pblegmasie  est 
chronique  .et  qu’il  s’agit  (le  la  paralysie  ou  de  l’engor- 
getneutséreux  de  l’organe,  l’on  emploie  les  gargarismes 
astringens,  et  l’on  porte  s^ir  le  lieu malade  avec  une 
petite- cuillère  du  poivre  ou  du  gingembre  en  poudre; 
mais,  la  chute  de  l’appeiidic'e  musculo-membraneux  du 
voile  du  palais  résiste  à l’emploi  de  toutes  les  médica- 
tions ; il  faut  enlever  cet  organe  , comme  dans  les  cas 
ou  il  est  squii  rJieux  et  carcinomateux. 

La  procidence  peut  entretenir  ou  produire  une  in- 
flammation de  la  gorge  : Guillaume  Beckers  rapporte 
qu’un  chevalier  romain  était  sujet  à cette  maladie.  Tous 
les  moyens  dç  l’art  avaient  échoué;  l’on  fit  l’excision 
.de  la  luette,  et  le  malade  fut  parfaitement  guéri  : seu- 
lement la  voix  resta  un  peu  rauque.  Les  auteurs  disent 
que  la  chute  de  ccl  organe  détermine  encore  une  sen- 
^tion  incommode  qui  provoque  la  déglutition  , des 
nausées  et  une  tussiculaiion  fatigante.  Je  crois  que  si 
la  déclamation  et  le  chant  peuvent  occasioner  des  phleg- 
masies  aiguës  ou  chroniques  du  poumon  et  du  larynx  , 
il  est  évident  que  ces  maladies  devront  se  développer 
plus  facilement,  lorsque  des  quintes  fréquentes  de 
toux  chasseront  l’air  brusquement  des  voies  aériennes  : 
or,  je  pense  que  dans  les  cas  de  phthisie  l’on  néglige 
trop  la  cause  qui  nous  occupe  , car  c’est  en  la  détrui- 
sant que  j’ai  souvent  guéri  cette  affection  contre  la- 
quelle on  avait  épuisé  sans  succès  tous  les  moyens 
connus.  Nous  ajouterons  à ces  données  que  l’excision 
de  la  luette  est  quelquefois  le  plus  sûr  et  même  le  seul 
moyen  de  guérir  certaines  gastrites  chroniques  ; Tort 


( »«  ) 

conçoit,  en  effet,  que  le  chatouillement  de  la  gorge 
produira  et  entretiendra  souvent  les  irritations  de  l’es- 
tomac. ' 

Presque  tous  les  auteurs  conseillent  de  n’enlever 
que  la  moitié  de  la  luette  lorsque  l’état  pathologique 
ne  s’étend  pas  trop  loin  ^ j’ai  observé  qu’alors  cet  ap- 
pendice s’engorgeait,  s’allongeait  de  nouveau  et  que 
l’on  était  presque  toujours  obligé  de  l’exciser  une  se- 
conde fois;  je  crois,  d’après  un  très-grand  nombre  de 
faits  , qu’il  est  préférable  de  l’enlever  complètement; 
nous  avons  prouvé,  plus  haut , que  la  voix  et  la  parole 
n’en  éprouveraient  aucune  altération.  L’on  a donc 
avancé  à tort , dans  le  grand  Dictionnaire  des  Sciences 
médicales  , que  la  luette  concourait  à la  formation  de 
certains  sons  , surtout  à la  prononciation  de  la  lettre  R , 
que  l’on  ne  peut  plus  articuler  lorsque  cet  organe  a été 
enlevé.  Tous  les  médecins  sont  convaincus  qu’Aphro- 
disée  trompa  la  confiance  publique  lorsque,  sous  An- 
tonio et  Sévère,  il  se  rendit  célèbre  en  voulant  inspirer 
la  crainte  de  voir  mourir  phthisiques  ceux  dont  la 
luette  serait  coupée  à sa  base.  L’expérience  m’a  démon- 
tré que  l’opération  ainsi  pratiquée  n’avait  que  le  léger 
inconvénient  de  permettre  aux  mucosités  nasales  de 
tomber  plus  facilement  dans  Je  larynx  ; or,  cet  incon- 
vénient ne  peut  pas  être  mis  en  balance  avec  ceux  qui 
résultent  d’une  seconde  excision. 

L’on  a proposé  un  grand  nombre  de  moyens  pour 
faire  cette  opération  ; nous  allons  succinctement  les 
exposer.  Hippocrate  dit  qu’il  faut  relever  la  luette  avec 
le  bout  du  doigt  et  en  couper  la  pointe.  Celse  saisissait 
l’organe  avec  des  pinces;  il  retranchait  ce  qu'il  jugeait 


• ( '2  ) 

convenable.  Fabrice  d’Aquapemlcn le  préfère  se  servir 
seulement  de  ciseaux  ^ il  dit  qu’ainsi  l’une  de  ses  mains 
est  libre  et  qu’elle  peut  conlenirla  langue  et  la  mà(  boire 
inférieure.  Cet'auteur  porte  après  l’opération  une  cuil- 
lère chaulïée  et  non  incandescente  sur  la  solution  de 
continuité;  il  a pour  but  d’affermir  les  tissus  et  peut- 
être  aussi  d’arrêter  ou  de  prévenir  rbemorrhagie. 

Lorsque  le  volume  de  la  luette  fait  craindre  cet  ac- 
cident, Paré  donne  la  préférence  à la  ligature  de  l’or- 
gane. Castellan  a imaginé,  pour  cette  opération,  un 
anneau  dont  la  convexité  est  cannelée:  il  est  porté  sur 
une  lige  qui  lui  sert  de  manche;  « l’on  y ajoute  un  fit 
» ciré  auquel  ou  a fait  un  nœud  coulant  que  l’on  serre 
» au  n\oyen  d’une  auire  tige  de  métal  terminée  par  un 
» anneau  beaucoup  plus  petit  que  celui  de  l’instrument 
» principal.  » (Sabatier.)  Le  fil  reste  dans  la  bouche, 
et  la  conslriciion  peut  être  augmentée  si  l’on  juge 
qu’elle  n’est  pas  assez  forte.  Fabrice  de  Hilden  a cor- 
rigé cet  instrument;  Scultet  l’a  mis  en  usage  sur  un 
soldat  : il  ne  parle  point  des  accidens  qu’il  dut  produire. 

Arnaud  avance  qu’il  est  des  cas  dans  lesquels  la 
"luette  est  si  dure,  qu’elle  résiste  aux  ciseaux  ot  à la 
ligature  ; il  ajoute  que  le  bistouri  serait  dangereux.  Il 
•a  imaginé  un  instrutnent  composé  de  deux  parties, 
d’une  lame  et  d’une  gaine  ; l’extrémité  de  celle-ci  est 
percée  d’une  ouverture  ronde  pour  y engager  perpen- 
diculairement la  luette  ; lorsqu’elle  y est  profondément 
placée  , l’instrument  touche  et  élève  le  voile  du  palais; 
alors  on  applique  le  pouce  sur  le  manche  de  la  lame  , 
l’on  presse  avec  force' , et  l’organe  est  coupé  d’un  seul 
coup.  Heister  a fait  graver  un  instrument  inventé  par 


( i3  ) 

uii  paysan  de  la  Korvvège.  Raw  l’a  perfeciionné  5 il  est 
composé  de  deux  jumelles  réunies  à f’une  de  leurs  ex- 
trémités par  une  traverse;  leurs  faces  correspondantes 
sont  cannelées  pour  recevoir  un  couteau  qui  glisse 
entre  elles  et  qui  est  supporté  par  une  tige  destinée  à 
le  faire  mouvoir.  La  retraite  de  la  lame  laisse  un  vide 
à l’un  des  bouts  de  l’instrument;  l’on  y engage  la  por- 
tion de  luette  qui  doit  être  retranchée  , et  l’on  pousse 
le  couteau  sur  elle. 

Sabatier  se  servait  d’une  petite  pince  à polype  et  de 
ciseaux  courbes  sur  le  plat.  L’on  a mis  en  usage  des 
ciseaux  recourbés  en  demi-cercle  pour  que  la  luette 
n’écbappât  point  d’entre  leurs  branches.  L’on  a encore 
inventé  des  ciseaux  droits,  dont  la  pointe  est  gainîe 
d’une  gaine  étroite  et  fixée  seulement  sur  l’une  des 
branches  de  l’instrument.  L’on  a aussi  employé  des 
moyens  propres  à déprimer  la  langue. 

Le  doigt  avec  lequel  Hippocrate  conseille  de  relever 
la  luette  a l’inconvénient  de  gêner  la  manoeuvre  opéra- 
toire : ce  procédé  est  rejeté.  Celui  de  Fabrice  de  Hilden 
exigera  souvent  trois  ou  quatre  coups  de  ciseaux  ; car 
lorsque  l’organe  sera  mou , il  échappera  très-facilement 
à l’instrument.  M.  Richerand  pense  d’ailleurs  , avec 
raison  , que  la  portion  d’organe  coupée  est  avalée  ou 
rejetée  parle  malade,  qui  n’est  exposé  à aucun  danger  , 
puisqu’il  est  impossible  que  la  glotte  soit  ouverte  pen- 
dant l’opération.  Quanta  la  cautérisation  , les  praticiens 
modernes  la  restreignent  à des  cas  extrêmement  rares, 
à ceux  dans  lesquels  une  hémorrhagie  résisterait  aux 
astringens. 

La  ligature  a le  grave  inconvénient  de  produire  des 


( î4  ) 

douleurs  souvent  intolérables  et  de  violentes  inflam- 
mations ; elle  est  abandonnée  : je  l’ai  vu  mettre  en 
usage  une  seule  fois;  le  malade  ne  put  pas  la  supporter. 

L’instrument  d’Arnaud,  celui  du  paysan  deNorwège, 
sont  des  moyens  que  la  chirurgie  moderne  ne  permet 
plus  d’employer  : elle  marche  rivale  des  autres  sciences 
exactes;  elle  doit  repousser  toutes  ces  mécaniques 
entachées  de  graves  défauts  et  indignes  d’un  siècle  où 
la  médecine  opératoire  a fait  de  si  brillans  progrès  ; 
l’organe  est-il  très-dur  on  le  coupera  avec  les  gros 
ciseaux  de  M.  Dubois  ;/la  luette  cartilagineuse  que  j’ai 
observée  ne  leur  a pas  résisté. 

Les  ciseaux  en  demi- cercle  et  ceux  à gaine  nous 
paraissent  aussi  devoir  être  rejetés  pour  les  raisons 
que  nous  venons  d’exposer.  L’on  n’aura  reçours  aux 
instrumens  propres  à maintenir  la  langue  et  la  mâchoire 
inférieure  que  dans  les  cas  où  les  malades  seront  in- 
dociles. Quels  que  soient  les  ciseaux  dont  on  se  ser- 
vira, leur  pointe  sera  mousse.  Les  courbes  sur  le  plat 
laissent  moins  facilement  échapper  d’entre  leurs  bran- 
ches les  corps  qui  y sont  placés;  ils  méritent  la  pré- 
férence^ et  nous  croyons,  avec  Sabatier  , que  l’on  doit 
saisir  la  luette  avec  de  petites  pinces  fenêtrées.  Malgré 
cette  précaution,  il  arrive  souvent  que  l’organe  exces- 
sivement mou  n’est  pas  coupé  d’un  seul  coup;  c’est 
qu’alors  la  base  de  la  langue  a empêché  de  porter 
l’instrument  assez  profondément.  Je  propose , après 
que  l’on  aura  attiré  la  luette  en  avant , de  la  porter 
vers  le  côté  droit  de  la  bouche  ; ainsi , les  ciseaux 
seront  placés  presque  transversalement  dans  cette  ca- 
vité; la  partie  malade  sera  engagée  entre  leurs  branches 


( >5)  , ' 

prescjue  juscju'ù  leur  éu'liculation  , et  il  sera  impossible 
qu’elle  ne  soit  pas  immédiatement  et  complètement 
coupée  : ce  procédé  m’a  toujours  réussi.  S’il  est  des  cas 
dans  lesquels  l’excision  de  la  luette  n’est  pas  doulou- 
reuse , il  en  est  aussi^ù  les  malades  souffrent  beaucoup. 

Mais  le  cancer  de  la  luette  s’étend  sur  le  voile  du 
palais.  Gardons-nous  d’imiter  la  conduite  de  Fabrice 
de  Hilden  5 nous  devons  opérer  foutes  les  fois  que  nous 
pourrons  enlever  entièrement  les  parties  malades. 

Lorsque  la  luette  a été  coupée,  le  chirurgien  doit 
combattre  les  angines,  contre  lesquelles  les  astringens 
ou  les  émolliens  devront  être  employés  suivant  les 
indications.  En  général , on  néglige  trop  ces  phleg- 
masies  après  l’opération  , et  il  n’est  pas  étonnant  de  voir 
persister  si  souvent  la  raucité  de  la  voix. 

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